Agence Régionale du patrimoine Provence-Alpes-Côte d’Azur
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Zineb Sédira - LACUNES MÉDITERRANÉENNES

Commande photographique - avril/juin 2003

vendredi 24 juin 2005, par Nathalie Abou Isaac

Cette commande artistique est une co-production du Centre National des Arts Plastiques du ministère de la Culture et de la Communication (CNAP) et de l’Agence Régionale du Patrimoine Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Cette œuvre, constituée d’une projection vidéo et d’un ensemble de photographies, est le résultat d’une commande artistique confiée à l’artiste franco-algérienne Zineb Sédira. À l’occasion de “Djazaïr, une Année de l’Algérie en France” et de l’exposition L’Algérie antique présentée au Musée de l’Arles et de la Provence antiques, le Centre National des Arts Plastiques du Ministère de la Culture et de la Communication et l’Agence Régionale du Patrimoine ont proposé à une artiste contemporaine de confronter son regard aux motifs et aux usages de la mosaïque antique pour en relever d’éventuelles résonances contemporaines.

L’installation de Zineb Sédira révèle, au-delà de la confrontation à une pratique artistique ancestrale, les liens troublants de la représentation entre l’espace figuratif et l’espace abstrait. Ici termes et traces résultent du passage du temps et renferment des qualités évocatoires essentielles. Le sauvetage technique des mosaïques ne transcrit des lacunes des œuvres antiques, que le témoignage neutre de la perte, vide nécessaire à la cohésion de l’ensemble, sédiment évitant la dispersion des multiples tesselles, formes absentes essentielles à l’existence de l’œuvre et à sa lecture. Le travail iconoclaste des siècles sur les images fournit à l’artiste un terrain vierge de recherches. Ces espaces de manques, pris en compte, deviennent de nouveaux espaces de lecture par la mise en abîme de la destruction même de l’image. Sa disparition, par le territoire formel qu’elle définit, crée à nouveau une image, mais une image “en creux”. Il s’agit donc dans ce travail d’une exploration des vides accidentels répartis au cœur des pierres précieuses et colorées, sorte d’archéologie d’un terrain à la superficie infiniment réduite mais livrant, en substance, autant de géographies et de traces que de liaisons à l’histoire. Car ce sont bien des géographies que Zineb Sédira nous livre. Chaque lacune devient fragment d’une mappemonde dessinant les contours de continents, de côtes et d’îles. Les reliefs des tesselles nous en décrivent par les couleurs, les montagnes, les falaises ou les plaines.

Il ne nous reste alors qu’un pas rapide à franchir, pour comprendre, derrières ces mers bordées de pays, une civilisation s’éparpillant, s’émiettant, sur les côtes riveraines. Accompagnant cette installation, une bande sonore se compose comme une mosaïque de chants avec piano et oud. Enrichie d’extraits de musique classique française du XXe siècle (Fauré et Debussy) et de chants de la renaissance culturelle arabe du Proche-Orient des XIXe et XXe siècles (Aïcha Redouane et l’Ensemble Al-Adwar), elle nous guide, à l’instar de la vidéo, à travers une variété de paysages sonores comme une nouvelle métaphore de la migration. Dans l’œuvre, la déficience de la matière se rapproche ainsi de l’omission historique, le vide nous révélant ce que l’image ne nous dit pas. Le manque, celui de la matière, du corps, est aussi le manque lié au déplacement, à la migration comme élément structurant du cours de l’Histoire. Métaphore des espaces vides et pleins, l’idée des frontières que l’artiste sous entend ici se relit à la coexistence des mondes actuels au cœur desquels les diasporas se poursuivent. Cette œuvre est dans les collections du Fonds National d’Art Contemporain, Paris Elle a été présentée à l’abbaye Montmajour à Arles du 26 avril au 15 juin 2003.



Zineb Sédira Fille de parents algériens, Zineb Sédira est née en France. Elle a ensuite mené ses études à Londres, et est diplômée de la Media & Fine Art, Slade School of Art et du Royal College of Art. Elle est représentée par la Galerie Kamel Mennour à Paris.

Zineb Sedira explore les croisements et les paradoxes nés de son identité d’algérienne ayant grandi en France, et de résidente anglaise. La vidéo, la photographie, le texte et les images créées par ordinateur, lui permettent de confronter les icônes de la modernité aux rituels de la représentation islamique. Elle poursuit, dans ces relations, la formulation d’un nouveau langage visuel. Il s’éloigne du débat convenu des multicultures pour aborder celui, actuel et concret, des nouvelles identités. Le thème de la représentation est à la base de son travail et notamment le voile, tant sous sa forme littérale qu’au travers du concept de “voile mental”, métaphore qu’elle analyse par sa propre expérience et étend à la société occidentale contemporaine. Utilisant la photographie pour mieux questionner les conventions représentatives liées au mode du portrait, elle explore la représentation de la femme en orient, qui reste dominée par le stéréotype de son appartenance islamique. Ses installations de “parures“ murales tels des pavements orientaux recouvrant sol et plafond, procèdent des mêmes investigations. Les motifs des carreaux, générés par ordinateur, introduisent les photographies de plusieurs générations de femmes comme des éléments constitutifs, répétés à l’infini. Le travail de Zineb Sédira convoque les rituels et l’héritage oriental. Il fait émerger un maillage du présent et du passé comme moyen de se découvrir soi-même ; génération spontanée née de diverses mixités. Ce travail attire notre attention sur les problématiques de l’appropriation culturelle. Il interroge notre capacité à soutenir une position permanente entre l’intérieur et l’extérieur d’un monde, d’une culture ou d’une mémoire.

L’exposition produite par le Centre National des Arts Plastiques du Ministère de la Culture et de la Communication et l’Agence pour le Patrimoine Antique Provence-Alpes-Côte d’Azur, à l’occasion de “Djazaïr, une Année de l’Algérie en France” a l’abbaye Montmajour a reçu le soutien de :
- ministère de la Culture et de la Communication DRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur
- Conseil Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur
- Conseil Général des Bouches-du-Rhône
- Caisse d’Epargne Provence-Alpes-Corse

Et la participation de :
- Monum’, Centre des Monuments nationaux
- Centre Culturel Français d’Alger
- AFAA, Association Française d’Action Artistique, ministère des Affaires étrangères.

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